COLLOQUE UFPST – 8 NOVEMBRE 2025
COLLOQUE UFPST – 8 NOVEMBRE 2025
LE SHIATSU, UNE RESSOURCE VIVANTE POUR LA SANTÉ – DE LA NAISSANCE À L’ACCOMPAGNEMENT THÉRAPEUTIQUE
Organisé par l’Union Francophone des Professionnels de Shiatsu Thérapeutique (UFPST), ce colloque, tenu le 8 novembre à Paris, a illustré toute la richesse du dialogue entre le monde médical et le Shiatsu en France. Chercheurs, soignants et praticiens y ont partagé leurs expériences, montrant comment cette pratique japonaise peut s’intégrer, avec justesse, au cœur d’une médecine plus humaine.
Marc Van Espenhoudt[1] était présent et rend compte de manière détaillée de l'événement.
La journée s’est ouverte avec la projection du film « La Voie du Shiatsu », présenté par Mylène Pierrard et Bénédicte Seguin (Éditions Montparnasse). Le documentaire a rappelé que le Shiatsu invite à prévenir plutôt que guérir, à renouer avec le corps et à cultiver la santé dans une approche naturelle.
Le Dr Frédéric Sorges, pédiatre à l’hôpital Necker et addictologue au CSAPA La Mosaïque à Montreuil, a ensuite partagé son expérience du Shiatsu dans l’accompagnement d’enfants adoptés et d’enfants migrants, souvent marqués par un vécu traumatique. Il a montré combien le toucher juste, la respiration et l’écoute corporelle pouvaient favoriser la reconstruction de ces jeunes, leur offrant un espace de sécurité et de réappropriation du corps.
Il a également évoqué un projet de Shiatsu au Bénin, mené dans un contexte humanitaire, qui démontre que le Shiatsu peut s’adapter à des environnements culturels et médicaux très différents tout en gardant son essence : celle d’un soin global, universel et profondément humain.
Puis, Henri Tsiang, ancien directeur de recherche à l’Institut Pasteur, a présenté son ouvrage « Descartes au pays du Qi Gong ». À travers quelques expériences pratiques menées avec le public, il a montré comment le Qi Gong, par la respiration, le mouvement et la conscience corporelle, agit sur la régulation du système nerveux. En reliant ainsi Qi Gong et neurosciences, il a établi une passerelle naturelle avec l’esprit du Shiatsu : celui d’un corps vivant, conscient et en mouvement.
La matinée s’est poursuivie avec les témoignages de Gaëlle Teneur, infirmière anesthésiste, et Françoise Moulinet, cadre de santé à l’hôpital Cochin. Après vingt ans de pratique, elles ont décrit les bienfaits du Shiatsu auprès du personnel hospitalier : détente, meilleure qualité de sommeil, baisse du stress. Un soin simple, global et profondément humain, qui complète la médecine conventionnelle.
Le Shiatsu et la polyarthrite rhumatoïde ont ensuite été mis à l’honneur par Sandrine Loiseau, infirmière DE, shiatsushi elle-même et responsable de l’atelier thérapeutique de l’AIST, accompagnée du Dr Julie Gobin et de Juliette Makowiecki, patiente.
À travers le protocole de l’école de EST de Paris, leur travail hospitalier montre une nette diminution des douleurs, un meilleur confort de vie et un regain d’énergie chez les patients.
Un moment d’émotion a ensuite marqué la salle : Cathy Franchet, praticienne de Shiatsu dans le Lot, a été remerciée publiquement par une patiente atteinte de polyarthrite depuis son enfance. Cette femme, émue, a raconté comment un soin reçu six ans plus tôt auprès de Cathy Franchet l’avait profondément transformée et remise sur le chemin du mieux-être.
Une rencontre simple mais bouleversante, qui a rappelé à tous combien un toucher juste et une présence bienveillante peuvent parfois changer le cours d’une vie.
Puis Sarah Vignolles, infirmière, a dressé un état des lieux des médecines intégratives, avant que France Arboix-Calas, docteure en biologie-santé, n’évoque la nécessaire évolution du système de santé français pour accueillir ces pratiques complémentaires.
En début de l’après-midi, le public a eu le plaisir d’écouter Cyrille Javary, auteur de « L’invisible anatomie du corps chinois ». Sa conférence a apporté une dimension plus philosophique et symbolique au colloque.
Selon lui, la pensée chinoise ne cherche pas à dévoiler un réel figé, mais à comprendre le monde en mouvement. Il a comparé la vision occidentale du corps “nu”, celle d’un corps que l’on observe, dissèque et mesure, à la vision chinoise du corps “habillé”, c’est-à-dire vivant, traversé de souffles et de relations invisibles.
Là où l’Occident cherche à voir à l’intérieur, la Chine cherche à percevoir le mouvement du vivant. Le corps, dans cette approche, n’est pas une mécanique mais une pénétration du vivant, une forme fractale où chaque partie contient le tout.
Cyrille Javary a ainsi introduit la notion de « corps invisible », celui des souffles, des rythmes et des interconnexions, que le praticien de Shiatsu apprend à écouter et à accompagner.
Une intervention poétique et inspirante, qui a trouvé un profond écho dans la salle et a fait le lien entre philosophie chinoise, pratique du Shiatsu et médecine contemporaine.
Le reste de l’après-midi a pris une tonalité plus clinique avec la périnatalité et la collaboration interdisciplinaire.
Hanna Doye, ostéopathe spécialisée dans le suivi des nouveau-nés, a témoigné de son travail auprès des bébés souffrant de reflux, de troubles du sommeil ou de difficultés à téter.
Elle a expliqué comment, en complément de l’ostéopathie, l’intervention de Patricia, praticienne en Shiatsu, permet de ré-harmoniser l’énergie et l’émotionnel de l’enfant : « Elle remet la machine dans le bon sens ». Ce binôme illustre l’efficacité d’une approche unissant structure et énergie.
Floriane Falco, psychomotricienne, a ensuite partagé le témoignage d’une femme suivie en procréation médicalement assistée (PMA).
Après plusieurs échecs, l’association de l’ostéopathie et du Shiatsu a permis un meilleur équilibre du corps et, finalement, la réussite du troisième transfert. Un témoignage fort sur l’importance d’un travail pluridisciplinaire, où chaque pratique trouve sa juste place.
Julie Grémeau, infirmière libérale, a raconté comment le Shiatsu est entré dans sa vie pendant une grossesse difficile et comment cette expérience l’a conduite à se former elle-même. Elle observe aujourd’hui chez ses patients, notamment en oncologie, une diminution notable de la douleur, de la fatigue et de l’anxiété. Elle conclut que « négliger l’énergie du corps, c’est négliger la base d’une bonne santé ».
Ces échanges ont souligné une conviction commune : le Shiatsu est un allié précieux de la médecine, capable d’accompagner le soin sans s’y substituer, et d’offrir aux soignants comme aux patients une voie de ressourcement.
La journée s’est clôturée avec Dominique Chevalier, kinésithérapeute et formateur en Shiatsu en Occitanie, qui a présenté son étude sur le Shiatsu en oncologie. Son expérience montre qu’un accompagnement régulier peut réduire de 60 % les effets secondaires liés aux traitements. Avec humour et sensibilité, il a rappelé que le Shiatsu « ne guérit pas le cancer, mais aide profondément les personnes à mieux vivre la maladie ».
En conclusion, Bernard Bouheret a été chaleureusement remercié pour cette organisation qui a permis de créer un véritable pont entre la médecine conventionnelle et le Shiatsu.
Cette journée dense et inspirante a confirmé ce que chacun a pu ressentir : le Shiatsu n’est pas une alternative, mais un formidable accompagnement, à la fois préventif et humain — une voie d’écoute, d’équilibre et de vie.
[1] Marc Van Espenhoudt est practicien de Shiatsu à Uccle. Il est membre/administrateur de la FBS et membre de l’UFPST.