Skip to main content

Nouvelles

NOUVELLES/BLOG,  ÉVÉNEMENTS & PHOTOS & VIDÉOS

Courrier des lecteurs: Partie 3 : Un shiatsu métissé et conscient : enjeux et ouverture.

Troisième partie de l'article de Thierry Vincke.

«Ce qui menace le shiatsu aujourd’hui, ce n’est ni la science, ni la tradition. C’est le refus du dialogue.»

Face à la tentation de réduction ou d’ésotérisation, une voie s’ouvre : celle d’un shiatsu lucide, enraciné et ouvert. Un shiatsu qui écoute le vivant à tous les niveaux – du fascia au Ki. Un soin qui relie sans diluer.

Artikel Thierry 3 

Partie 3 : Un shiatsu métissé et conscient : enjeux et ouverture.

Dans les deux premières parties de cet article, nous avons parcouru le paysage contrasté et complexe du shiatsu moderne.

Dans un premier temps, nous avons posé le décor : un art du toucher situé au croisement de deux langages — celui de la science occidentale, faite de fascias, de nerfs, faite d’homéostasie, et celui de la tradition orientale, porté par l’étude du Ki, les méridiens et l’équilibre Yin-Yang. Nous avons vu qu’au-delà des apparences, ces deux regards ne décrivent pas des réalités opposées, mais deux façons de parler d’un même corps vivant, d’une même écologie.

Dans un second temps, nous avons exploré les tensions que cette double appartenance génère. Nous avons mis en lumière les risques d’une modernisation à sens unique, qui, en valorisant uniquement les critères de validation scientifique, peut appauvrir la richesse symbolique et relationnelle du shiatsu. Inversement, une approche centrée exclusivement sur l’énergie, sans cadre rigoureux ni regard critique, peut parfois dériver vers une spiritualité confuse ou une pratique ésotérique déconnectée, au risque d’entretenir un flou thérapeutique et de brouiller les repères professionnels.
Nous avons enfin dessiné les contours d’une cohabitation intelligente à travers trois niveaux de pratique : détente, énergétique, spécialisé.

Nous voilà à présent à une étape clé : comment bâtir un shiatsu pleinement conscient de ces enjeux, capable d’assumer son identité tout en s’ouvrant au dialogue avec le monde médical et scientifique ?

Abordons, si vous le voulez bien la dernière partie, les conditions de cette alliance.



Vers une collaboration éclairée avec le secteur médical

Et si, dans certaines situations — douleurs chroniques, troubles fonctionnels ou états de stress persistants — il devenait naturel d’envisager un dialogue structuré entre le shiatsu spécialisé et les équipes médicales ?

Un praticien, tout en restant profondément ancré dans sa pratique, aurait intérêt à connaître certaines notions clés : les grandes pathologies, les mécanismes du stress, la physiologie du système nerveux autonome… Non pour se médicaliser, mais pour mieux situer son accompagnement, affiner ses repères et s’ouvrir à des formes de coopération.

Ce type de posture, déjà à l’œuvre chez certains praticiens, pourrait faciliter des collaborations ponctuelles ou durables avec des médecins, kinés, psychologues, pour créer des ponts clairs entre deux mondes du soin.

Reste une question de fond : comment préserver l’identité du shiatsu sans le diluer dans les cadres biomédicaux ? Peut-être est-ce là, plus une question de posture que de contenu.

Le shiatsu ne renonçant à rien de son essence continuerait d’apporter ce qui fait sa force : la dimension symbolique, le toucher relationnel, la lecture du Ki, l’écoute du vivant.
En face, la médecine resterait dans son registre : diagnostic, observations factuelles, outils de mesures et d’analyses performants.

Mais si c’était justement dans la clarté de ces différences que se niche la possibilité d’un dialogue fécond?

Un toucher qui relie, un traitement qui cible. Un soin qui soutient le mouvement de la vie, aux côtés d’une médecine qui agit avec précision sur la structure ou la fonction. L’enjeu ne serait alors ni la fusion, ni la compétition, mais la posture de la reconnaissance mutuelle.
Et peut-être, en creux, l’invention de nouvelles formes de coopération, adaptées aux réalités du terrain et respectueuses des privilèges de chacun.

À l’image de l’écologie du vivant, chaque discipline dispose d’un rôle spécifique, non interchangeable. Ce que nous nommons ici 'privilège' n’est pas un avantage, mais une responsabilité issue d’un potentiel maîtrisé

« Reconnaissons mutuellement la valeur de ces privilèges à travers ce qu’ils proposent. »

La médecine biomédicale a pour potentiel l'intervention précise, l’analyse factuelle, les  techniques, mesurables, une acuité lui permettant d’intervenir jusqu’au substrat moléculaire du Jing : l’Adn, les hormones, les cellules souches…

Le shiatsu affirme un potentiel capable  de faire des ajustements sur un terrain global, sur les mouvements internes, permet de préserver le Jing, structure énergétique incarnée et d'harmoniser l'environnement au sein duquel celui-ci s'exprime.
Deux savoir-faire, deux langages, un même souffle de vie. »

Il existe déjà des zones d’interaction : l’épigénétique, les recherches sur le fascia, ou les effets mesurables du toucher sur le système nerveux. Ces interactions montrent que le Jing peut être abordé à plusieurs niveaux de réalité, et que ces niveaux dialoguent au lieu de se contredire.

Voilà un véritable pont entre médecine conventionnelle et Shiatsu. Chacun reconnaissant la valeur de ce que l’autre est seul à pouvoir faire.

 

Vers une alliance respectueuse et structurée

 Il apparaît pertinent de voir le shiatsu spécialisé s’inscrire dans le parcours de soin à travers une co-construction entre écoles et monde médical. Trois axes, rapidement esquissés, peuvent guider cette démarche :

  1. Former des praticiens hybrides
    Bilinguisme somato-clinique
    Ils gagneraient à naviguer entre la rigueur clinique (pathologies, mécanismes de la douleur, stress) et l’écoute énergétique (posture intérieure, lecture symbolique du Ki). Savoir traduire des observations dans un langage compréhensible des soignants et, réciproquement, importer leurs données dans une lecture respectueuse de l’essence du shiatsu. Nourrir une interaction sans dilution.
  2. Instaurer une culture éthique de la collaboration
     Clarification des rôles
     Le shiatsu n’aspire ni à remplacer un acte médical ni à se substituer à une thérapie psychique ; il relie. Des espaces de co-supervision et de concertation stimuleraient cette complémentarité, réduiraient les malentendus et fertiliseraient les pratiques.
  3. Définir des critères de spécialisation clairs
     Lisibilité des niveaux
     Détente, énergétique, spécialisé : trois versants d’une même montagne, chacun avec ses responsabilités, son cadre de supervision et son périmètre de coopération. Cette nomenclature ouverte,  sécurise les receveurs et facilite le dialogue interprofessionnel.

 

 Côté médical, une ouverture réciproque s’impose.
 Il serait judicieux que les institutions de santé reconnaissent le champ d’action propre du shiatsu.
Qu’elles le vivent comme un accompagnement somatique plus qu’un protocole biomédical. Qu’elles intègrent sa richesse, ses soins préventifs.

Qu’elles identifient des cadres d’intégration ciblés — stress, douleurs chroniques, troubles fonctionnels, soins palliatifs — là où le shiatsu démontre sa pertinence.
Qu’elles forment des équipes, à la valeur du toucher juste a du langage symbolique. Qu’elles stimulent une concrétisation plus intégrante du dialogue des savoirs.

 Dynamique ascendante
 Rien ne se décrète d’en haut ; chacun de nous, praticiens, est invité à cultiver une maturité relationnelle pour tisser des liens concrets avec médecins, sages-femmes, psychologues ou structures locales. Aux écoles de préparer cette réalité en développant une pédagogie multilingue, fidèle à l’identité du shiatsu.

 Un réseau vivant
 Des initiatives fructueuses fleurissent déjà dans plusieurs fédérations. Cette dynamique ascendante, issue de la pratique, du terrain, pose les bases d’un réseau vivant de coopération.
 Ce qui pourrait manquer n’est pas la volonté, mais le cadre de reconnaissance. Une reconnaissance partagée et respectueuse.  Un maillage patient de passerelles pourrait alors tisser cette trame énergétique, ce tissu conjonctif social.

Avant d’explorer ensemble la perspective d’un shiatsu métissé, intégratif et résolument européen, il apparaît judicieux de situer votre prochaine impulsion dans ce mouvement commun.

Praticiens, enseignants, fédération?
Quelle réflexion ou action concrètes seriez-vous prêt à engager pour faire avancer, à votre mesure, à votre réalité factuelle, cette vision commune ?

 

Vers un shiatsu, intégratif et européen

Au Japon, le shiatsu est une pratique réglementée, orientée vers l’hôpital et enseignée selon des standards biomédicaux stricts. Hors de ce cadre, certains praticiens non reconnus choisissent d’exercer sous l’étiquette Seitai, non réglementée, pour préserver une approche plus intuitive et énergétique.

Mais ce clivage a un coût : le grand public s’est peu à peu détourné du shiatsu, perçu comme rigide ou dépassé, au profit de méthodes jugées plus modernes ou accessibles. Ainsi, le cœur symbolique du shiatsu — son lien au Ki, à la posture, à la globalité — tend à se marginaliser dans les cursus standard. Il est souvent transmis après les formations de base, dans le cadre d’un engagement plus personnel sur la voie du , auprès de Sensei reconnus pour leur maîtrise et leur transmission notable.

L’Europe, en revanche, n’a pas encore figé cette séparation. Elle peut inventer un modèle vivant, où la rigueur clinique ne sacrifie pas la profondeur symbolique. Une chance unique d’ancrer un shiatsu relationnel, lisible, et pleinement inscrit dans le présent.

Loin de trancher entre modernité biomédicale et tradition énergétique, une hybridation créative s’y dessine aujourd’hui.
Ce shiatsu métissé entend conjuguer les apports des neurosciences, de la fasciathérapie, des mécaniques nerveuses et autres, modulations neurovégétatives avec la profondeur symbolique du Ki, des cinq éléments, de l'équilibre universel, le Yin-Yang, de la plénitude et du vide, afin de préserver à la fois la rigueur et l’essence du soin Shiatsu .

Des initiatives comme le Movement Shiatsu de Bill Palmer ou d’autres formes sensibles développées sur le continent témoignent de cette rencontre féconde.
Plutôt que d’« occidentaliser » le shiatsu à outrance, ces courants cherchent à instaurer un dialogue entre deux manières de lire le corps, où le geste technique trouve son sens dans l’intuition et où l’énergie se nourrit des données cliniques

D'autres expériences concrètes témoignent de la possibilité d’un dialogue fécond entre le shiatsu et le monde médical. Elles illustrent comment ce cadre peut être incarné sur le terrain, à travers des collaborations structurées et respectueuses.

Partenariats hospitaliers EST (Paris)
Depuis 2003, l’École de Shiatsu Thérapeutique et dix hôpitaux franciliens intègrent le shiatsu dans des services de rhumatologie, d’ORL ou de psychiatrie. Soignants et praticiens y co-animent ateliers et dispensaires, offrant plus de 6 000 séances par an.

Programme “Touch” de l’Integrative Oncology UPMC (Rome)
À l’hôpital Salvator Mundi, le protocole de soutien oncologique associe shiatsu, acupuncture et reiki pour atténuer douleur et nausées, aux côtés d’exercices respiratoires et d’un suivi nutritionnel.

Shiatsu Research Network (Allemagne & réseau UE)
Ce collectif favorise la recherche clinique, crée une base de données d’études et accompagne les praticiens vers une lecture scientifique sans renier le Ki.

Clinique de la Douleur de l’Hôpital Hippokratio (Athènes)
Des anesthésistes prescrivent désormais le shiatsu comme outil complémentaire ; près de 1 000 traitements ont déjà réduit douleurs neuropathiques et stress des patients.

Centre O’Vive de Médecine Intégrative (Bruxelles)
Ici, vous trouverez sous un même toit consultations médicales, shiatsu, ostéopathie et coaching nutritionnel : un exemple de maillage pragmatique entre pratiques de terrain.

Fanny Roque & la FFST (France)
Présidente de la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel, Fanny Roque accompagne depuis plusieurs années les patients de la Ligue contre le Cancer de Gironde et ceux de l’Institut du Sein d’Aquitaine. Elle prodigue des shiatsu directement en salle de chimiothérapie, forme infirmier·ères et aides-soignant·es à l’oncologie intégrative, et anime des modules spécialisés « Shiatsu & Cancer » pour praticiens.

Ces expériences suggèrent qu’un shiatsu Européen est non seulement possible, mais déjà en marche.
 Il conjugue rigueur clinique et profondeur symbolique sans dilution : le geste puise dans l’intuition, l’énergie dialogue avec la donnée mesurable. Ces exemples ne doivent pas être vus comme des exceptions, mais comme les prémices d’un mouvement plus vaste, qu’il s’agit aujourd’hui de structurer, de transmettre et de multiplier à l’échelle européenne.



 Des responsabilités pour les écoles, formateurs et fédérations ? 


Comme il a été dit plus haut, c’est souvent à partir du terrain que se tissent les ponts entre les approches. Mais pour que ces gestes concrets s’enracinent, les lieux de formation jouent un rôle essentiel — non en imposant une voie, mais en offrant un terreau propice.

Il s’agirait, peut-être, de permettre aux élèves d’explorer la logique énergétique et le langage symbolique du shiatsu dans toute leur densité. Le Ki, les cinq éléments, la dialectique Yin-Yang, la posture… autant de repères qui, transmis comme des cadres vivants plutôt que des savoirs figés, soutiennent une pratique incarnée, lisible, transmissible.

Dans le même élan, il devient utile d’introduire certains outils issus de l’anatomie, de la physiologie ou de la neurobiologie — non comme références absolues, mais comme appuis pour situer l’action du shiatsu dans un langage partagé. L’enjeu n’est pas d’étouffer l’intuition sous le protocole, mais d’en éclairer les contours pour mieux dialoguer, sans jamais renier la présence.

Ainsi, sans renverser leurs fondements, les écoles, les fédérations, pourraient ouvrir un espace de transition : un lieu où l’on apprend à parler plusieurs langues du soin, tout en gardant la sienne bien vivante.



Le soin, espace vivant de symbolisation — une lecture PEISC du shiatsu

À la lumière de cette dynamique, il peut être utile de relire l’évolution du shiatsu selon une logique PEISC — Potentiel, Environnement, Interaction, Sélection, Concrétisation — tel un processus Darwinien d’adaptation du vivant au réel."

Le shiatsu, au-delà de ses gestes et de ses effets cliniques observables, invite à reconsidérer la nature même du soin. S’agit-il de corriger un dysfonctionnement, ou bien d’entrer en relation avec un être dans toute la complexité de son vécu ?
 La réponse ne peut être réduite à une seule méthode, car le soin engage un potentiel : celui du praticien, mais aussi celui du receveur — son histoire, son écoute, sa capacité à être touché dans tous les sens du terme.

Cet acte s’inscrit toujours dans un environnement culturel, symbolique, émotionnel, biologique, interne, externe. Le langage du Ki, les récits du corps, la mémoire enfouie dans les tissus n’émergent que dans un espace qui les autorise à s’exprimer, au-delà de ce que les instruments peuvent mesurer.

C’est dans cette interaction — entre science du geste et présence relationnelle, entre savoir clinique et écoute intuitive — que se dessine la nature profonde du soin. Écarter le langage symbolique sous prétexte d’imprécision, risquer de priver cette interaction de sa dimension la plus humaine : la capacité à relier ce qui, autrement, resterait fragmenté.

La sélection ne consiste pas à choisir entre rigueur ou ressenti, mais à discerner ce qui, dans chaque situation, permet au geste d’être juste, naturellement compatible avec cette rencontre. 

Et c’est ainsi que se donne la concrétisation du soin — non comme une simple action sur un corps, mais comme un acte partagé entre deux vivants. Là où le protocole laisse place à la relation, et où le toucher devient langage.

Penser le shiatsu comme un soin s’exprimant au cœur d’une symbolique n’est pas fuir la réalité du corps. C’est, au contraire, lui restituer sa dimension située, sensible, humaine. C’est reconnaître que mémoire, culture et émotion ne sont pas des fioritures périphériques, mais des trames fondamentales du vivant.



Conclusion : pour un shiatsu vivant, enraciné et ouvert

Le shiatsu est à la croisée des chemins : pris entre la tentation de se conformer aux exigences scientifiques contemporaines et le besoin de rester fidèle à son héritage énergétique et symbolique.

Il pourrait en partie se perdre, se diluer dans une technicité stéréotypée ou se figer dans une tradition déconnectée du monde d’aujourd’hui.
Mais cette alternative est fausse, car tradition et modernité ne sont pas des ennemis, mais deux manières complémentaires de parler d’une même réalité vivante .

Là où la science identifie des faits, le shiatsu évoque des mouvements.  Là où l’un parle de stimuli, l’autre parle d’écoute. Tous deux cherchent à comprendre comment l’humain se relie à lui-même, à ses potentiels, à son environnement et à ses déséquilibres profonds.

C’est là réside, la modernité et le génie du shiatsu traditionnel. Moderne dans sa genèse, il repose sur une lecture dynamique, systémique et inclusive de la vie ; il a toujours intégré l’évolution, l’environnement et la relation, sans jamais se figer.
Son langage symbolique n’est pas un repli sur le passé, mais une porte ouverte sur une compréhension vivante de l’humain.

 Une compréhension de comment l’humain se tient debout entre ciel et terre.

Ainsi, le shiatsu n’a pas besoin d’être « modernisé » au prix de son identité ; il a besoin d’être reconnu dans sa complexité, assumé dans sa richesse, et transmis avec une exigence à la hauteur de son intelligence.

Penser le shiatsu comme un art du soin, c’est peut-être aussi revenir à cette compréhension essentielle de l’homme debout — car s’arracher à la pesanteur n’est pas un geste symbolique, mais la toute première condition de la vie terrestre. Entre ciel et terre, entre science et symbole, entre soi et l’autre, le soin commence là.

Et vous, où choisissez-vous de vous placer dans ce mouvement : en observateur, ou en artisan d’un fascia social vivant ?

Thierry Vincke.

Humane shiatsu 6
Shiatsu 4
Shiatsu 2
Algemene Vergadering 2022
Humane shiatsu
Honden shiatsu
Shiatsu 6
Shiatsu

Tenez-vous au courant des nouveautés, des inspirations et des événements

logo Belgische Shiatsu Federatie

Adresse


Avenue de Hony 17A
4130 Esneux

info@shiatsu.be 

Social