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LES TROIS TRÉSORS ET LA CROISÉE DES CHEMINS : UN VOYAGE SHIATSU À TRAVERS LE JING, LE QI ET LE SHEN

LES TROIS TRÉSORS ET LA CROISÉE DES CHEMINS : UN VOYAGE SHIATSU À TRAVERS LE JING, LE QI ET LE SHEN

Les trois trésors de la vie – Jing, Qi et Shen – sont bien connus, mais avez-vous déjà réellement expérimenté le croisement énergétique de leur action ? Cet article est une exploration poétique d'un rituel Shiatsu personnel qui ouvre la porte à une présence et une connexion plus profondes. Plongez-vous dans la manière dont l'axe vertical de l'être humain rencontre l'ouverture horizontale de l'autre, et comment, à ce point sacré où le ciel et la terre se rencontrent, l'art d'écouter avec son corps et son cœur conduit à une véritable guérison et à une transformation mutuelle.
Dans cette contribution, l'auteur explore l'essence de l'art du Shiatsu. À partir d'un rituel personnel au début de ses séances, elle examine les trois trésors (San BaoJing, Qi et Shen) et la manière dont ils s'entremêlent dans la rencontre humaine.
Elle se penche sur le croisement énergétique où l'axe vertical de l'être humain rencontre l'ouverture horizontale de l'autre, et où la guérison se produit à l'endroit où le ciel et la terre se touchent.
Inspiré par les principes traditionnels orientaux et l'expérience personnelle, cet article se veut une invitation à la réflexion et à l'approfondissement.

 

Els Meulemans[1]

Ontmoeting

Un rituel simple, une signification profonde

Lorsque j'ai commencé ma formation en Shiatsu, j'ai appris un rituel simple pour commencer et terminer chaque séance. Je me suis mise dans mon axe vertical, j'ai apaisé mes pensées (Shen), j'ai ouvert le Cœur (où réside le Shen et qui représente la connexion avec l'autre), et j'ai porté mon attention sur le hara – le centre dans le bas-ventre qui symbolise le contact avec moi-même. Cela me permettait de travailler en étant ancré, concentré et avec une intention claire. À la fin de la séance, je faisais une brève conclusion, une manière respectueuse de prendre mes distances.
Ce qui semblait au départ être un geste formel est progressivement devenu une porte vers quelque chose de beaucoup plus profond. J'ai commencé à ressentir comment ce rituel simple mettait en mouvement le Jing, le Qi et le Shen – les trois trésors de la vie. C'est devenu un exercice de présence, de rencontre réelle avec l'autre.

 

Les trois trésors – San Bao

Dans la pratique du Shiatsu, la rencontre est centrale. Que se passe-t-il réellement lorsque les mains du praticien reposent sur le corps du receveur ? Derrière ce toucher apparemment simple se cache une structure énergétique séculaire, profondément ancrée dans les traditions orientales.
Dans la tradition chinoise, on distingue trois « trésors de vie » fondamentaux :
Jing (Essence) : la racine de notre existence physique, enracinée dans le hara. Le Jing apporte stabilité, vitalité et forme.
Qi (Énergie vitale) : la force respiratoire et fluide qui relie le Jing au Shen ; visible dans notre respiration, nos mouvements et nos expressions.
Shen (Esprit) : la lumière de la conscience, de la clarté et de la joie ; l'étincelle qui nous relie au tout.
Lorsque la circulation entre Jing, Qi et Shen est harmonieuse, il se crée un champ harmonieux dans lequel l'homme et la vie évoluent en accord naturel.

 

San Bao dans deux traditions

Le terme San Bao (三寶), littéralement « les trois trésors », apparaît à la fois dans la médecine traditionnelle chinoise et dans le bouddhisme. Dans la MTC, San Bao fait référence aux trois énergies vitales - Jing, Qi, Shen - qui, ensemble, soutiennent la vie. Dans le bouddhisme, il fait référence aux trois joyaux : Bouddha (l'éveil), Dharma (l'enseignement, l'ordre naturel) et Sangha (la communauté).
Les deux traditions montrent un même mouvement triple : du physique au subtil, de la forme à la conscience. Pour moi, cela forme une cohérence intérieure : San Bao montre comment le corps, l'énergie et l'esprit forment un continuum, et comment cette unité prend vie dans chaque séance de Shiatsu.

 

Au croisement de l'horizontalité et de la verticalité

Au cours d'une séance de Shiatsu, il existe une tension constante entre deux dimensions : l'axe vertical du donneur – ancré, relié entre le ciel et la terre – et l'ouverture horizontale du receveur – étendu, réceptif, en abandon.

L'être humain au centre
Dans le corps, ces deux dimensions se rencontrent dans le hara – également appelé kikai tanden, situé au niveau du Ren Mai 6, le point « Mer d'Énergie ». Le hara comprend le Ren Mai 4 (Porte du Jing), l'endroit où réside le Jing, notre Essence, enracinée dans les reins. De là, le Qi monte par le Chong Mai, l'axe central qui relie la terre et le ciel. Cet axe fait du praticien un conducteur entre le ciel et la terre – solidement ancré au centre, ouvert et présent.
Nous reconnaissons ce même mouvement dans la théorie des cinq éléments : de l'Eau (reins/Jing), en passant par la Terre (estomac et rate - notre connexion horizontale avec nos semblables), jusqu'au Feu (Cœur/Shen), où la conscience et la joie s'ouvrent.
Le croisement des forces horizontales et verticales rappelle la croix chrétienne, où le ciel et la terre, le divin et l'humain, se rencontrent. Dans le Shiatsu également, ces forces se rencontrent au centre – le centre vivant où la transformation devient possible.

 

Densité énergétique et triple réalité

Les trois trésors représentent différentes densités d'énergie. Comme l'écrit Giovanni Maciocia dans son ouvrage The Foundations of Chinese Medicine: A Comprehensive Text for Acupuncturists and Herbalists : « Ces trois trésors représentent trois états différents de condensation du Qi — l'Essence étant la plus dense, le Qi la plus raréfiée et l'Esprit la plus subtile et immatérielle. » On retrouve cette subtilité dans d'autres traditions spirituelles. La Trinité chrétienne — le Père, le Fils et le Saint-Esprit — reflète symboliquement les trois trésors :
le Père comme source ou Essence (Jing),
le Fils comme force de connexion dans le monde (Qi),
le Saint-Esprit comme conscience subtile (Shen).
Il en résulte des schémas universels dans lesquels la matière, l'énergie et l'esprit forment un mouvement ininterrompu.

 

Donneur et receveur – Tori et Uke 🥋

Dans les disciplines japonaises telles que le budo (arts martiaux) et le shiatsu, on parle de tori (取り) – celui qui donne ou exécute la technique – et de uke (受け) – celui qui reçoit ou subit la technique. Ce qui semble à première vue être des termes simples fait en réalité référence à une dynamique raffinée de présence et d'échange.
Tori (le shiatsu-shi ou jutsusha, celui qui exécute le jutsu ou la technique) bouge à partir de son centre et de sa conscience (Shen) et guide l'énergie de la rencontre. Le terme shiatsu-shi (指圧師) signifie littéralement « maître/praticien de shiatsu » et est utilisé pour désigner le praticien en tant que professionnel compétent.
La rencontre n'est jamais à sens unique : les deux sont en mouvement. Uke s'ouvre de manière réceptive, donne de l'espace et rend tangible le mouvement du Qi. Dans ce contexte, l'art de recevoir est tout aussi crucial que l'art de donner. Grâce à son abandon profond et à sa présence, uke devient ainsi un jutsusha, un praticien de l'art – l'art de recevoir.
Lorsque tori et uke sont véritablement connectés par leur hara, il se crée un champ de résonance vivant dans lequel la guérison et la croissance peuvent se produire spontanément.
Examinons maintenant la terminologie occidentale... Le mot thérapeute vient du grec therapeutès, qui signifiait à l'origine « serviteur » ou « soignant ». Son utilisation dans le contexte médical lui a ensuite donné le sens de « praticien traitant une maladie », et dans le langage moderne, il est souvent associé à « guérisseur ». Patient vient de patiens : « celui qui endure » ou « souffre ».
Dans le contexte du Shiatsu, ces deux concepts ne sont que partiellement adéquats. Le donneur et le receveur participent tous deux à un processus de prise de conscience. La dynamique est réciproque : celui qui donne reçoit, celui qui reçoit donne.
En tant que praticien, vous ne pouvez vraiment offrir quelque chose qu'après avoir pleinement accueilli votre client. Un accueil sincère crée un espace sûr dans lequel l'uke ose se donner et s'ouvrir, complétant ainsi la réciprocité du donner et du recevoir. Il s'agit d'une interaction subtile entre vulnérabilité et présence.
Ainsi, la rencontre entre tori et uke devient un champ vivant où l'énergie, l'attention et la conscience se rejoignent – le lieu où le Shiatsu révèle sa signification la plus profonde.

 

Le lieu de la transformation

En Shiatsu, la véritable transformation se produit à l'intersection des énergies horizontale et verticale. Le receveur (uke) s'ouvre horizontalement et se rend réceptif au contact, tandis que le shiatsu-shi se tient verticalement sur son axe, ancré et conscient. À cette intersection, l'énergie peut circuler librement et un échange dynamique se produit, influençant subtilement les deux personnes impliquées.
Cette rencontre d'énergies rappelle les idées du Yi Jing (I Tjing), l'ancien Livre des Mutations chinois. Le Yi Jing dit qu'à la jonction du ciel et de la terre naisse les dix mille transformations. C'est précisément à cette intersection – où les dimensions horizontale et verticale se rencontrent – que le changement devient possible.
Le Yi Jing décrit la dynamique de l'univers en 64 hexagrammes, chacun composé d'une combinaison de six lignes brisées et pleines. Ces lignes symbolisent le Yin (énergie passive, réceptive) et le Yang (énergie active, rayonnante) et leur interaction constante.
Chaque hexagramme représente une situation ou un schéma énergétique spécifique. En Shiatsu, cela peut être vu comme une métaphore de la rencontre entre tori et uke : les « lignes » des deux personnes se croisent et s'influencent mutuellement, créant ainsi une nouvelle configuration énergétique. Tout comme le Yi Jing montre que chaque situation porte en elle le changement et la transformation, le Shiatsu montre comment, à la croisée des énergies horizontales et verticales, d'innombrables possibilités de guérison et de changement apparaissent.
Carl Jung a fait remarquer à ce sujet : « La rencontre de deux personnalités est comme le contact de deux substances chimiques : s'il y a une réaction, les deux sont transformées. » Lorsque deux personnes se rencontrent avec une présence ouverte, une transformation mutuelle se produit – subtile, énergétique et souvent inconsciente. Le Yi Jing soutient cette idée : le changement est constant et global, et le croisement des énergies offre un espace où ce changement peut se produire.
Une telle alchimie subtile se produit à chaque séance de shiatsu. Dans la pratique, cela signifie que chaque rencontre est une occasion de renouveau : pour le receveur, d'oser se donner et ainsi recevoir, et pour le shiatsu-shi, d'être pleinement présent, conscient du flux de Jing, Qi et Shen. Le croisement devient ainsi un laboratoire vivant de possibilités énergétiques.

 

Entendre, voir et se taire – un chemin de conscience

Les trois singes sages – Mizaru (ne pas voir), Kikazaru (ne pas entendre) et Iwazaru (ne pas parler) – sont un symbole japonais séculaire, issu des traditions bouddhiste et confucéenne. Ils nous rappellent la pureté intérieure et l'attention consciente. Ils symbolisent une autre forme de trinité : entendre, voir et se taire. D'un point de vue énergétique, ils peuvent être interprétés comme une pratique intérieure :
Entendre (Jing) : s'ouvrir à ce qui est réellement.
Voir (Qi) : percevoir la dynamique de l'énergie.
Se taire (Shen) : rester présent dans le silence, sans jugement.
Ainsi, les trois singes sont une métaphore de l'écoute avec les mains, de la perception avec le corps et de la présence avec l'esprit. Ils soulignent que la guérison naît d'une rencontre consciente et d'un respect mutuel, et pas seulement de la technique.

 

L'art d'écouter

Pour moi, le Shiatsu est « l'art d'écouter avec le corps et le cœur ». Écouter va ici au-delà de nos oreilles ou de notre esprit : c'est s'accorder à la résonance entre moi-même et le receveur, avec un cœur ouvert et sans jugement. Le corps fonctionne alors comme une antenne, subtile et sensible au mouvement de l'énergie.
Le Shiatsu est bien plus qu'une technique ; c'est un art de la rencontre et de la présence. En travaillant consciemment avec les trois trésors, le hara et l'axe vertical de la vie, et en comprenant la dynamique du tori et de l'uke, on peut atteindre un niveau plus profond de guérison et de conscience. Cela devient ainsi un art de vivre : un flux harmonieux de Jing, Qi et Shen — terre, énergie et ciel — en nous-mêmes et dans l'autre. Le croisement de la verticalité (notre expérience spirituelle intérieure) et de l'horizontalité (notre connexion sociale terrestre) rend visible le champ universel de la rencontre et de la connexion.
En fin de compte, le shiatsu transcende les mots. La concentration, l'intention et le silence intérieur ouvrent la porte à d'autres dimensions de l'expérience, dans lesquelles les distances s'estompent et où la clarté et la connaissance immédiate deviennent possibles — un état qui ne peut être vécu qu'avec humilité.

 

[1]     Els Meulemans est praticienne de shiatsu et de do-in. Elle a suivi sa formation à l'école O-Ki Shiatsu. Son cabinet, Bodhiwhispers Shiatsupraktijk, se trouve à Ixelles.

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